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11/05/2013

félix ziem

http://youtu.be/9tGhyiuqBUo

FÉLIX ZIEM : RETOUR EN GRÂCE (ET AU PETIT PALAIS , à PARIS)

Un peu plus d’un siècle après l’inauguration d’une salle à son nom, le Petit Palais consacre une belle exposition à Félix Ziem, peintre voyageur amoureux de la Méditerranée. Un hommage en forme de réhabilitation pour un artiste mésestimé pour n’avoir jamais obéi qu’à son goût pour le beau.

Certains artistes ont eu le malheur de n’être reconnu qu’après leur mort. Félix Ziem, lui, a connu un long purgatoire pour avoir été apprécié de son vivant. Il est vrai que ce peintre à l’œuvre souvent conventionnelle représente une sorte d’antithèse parfaite de la figure romantique de l’artiste maudit au talent incompris.

Un artiste célébré de son vivant

Félix Ziem a été d’emblée apprécié de ses contemporains et célébré par les autorités de son temps. Ainsi, lorsqu’en 1905, il fait don d’une centaine de ses œuvres au Petit Palais, la jeune institution parisienne lui consacre aussitôt une salle qui est inaugurée en grande pompe par le Président de la République Émile Loubet en personne ! Comme le souligne Maureen Marozeau dans le Journal des Arts (01/03/13), « il remportait alors un franc succès auprès d’une clientèle bourgeoise rêvant des paysages du Bosphore mais aussi auprès d’amateurs aristocrates collectionnant ses vista vénitiennes comme autant de souvenirs de voyage ».
Autre Preuve de sa renommée, Félix Ziem fut aussi le premier artiste à entrer de son vivant au Louvre, par le biais du legs Chauchard, en 1910. Si l’on ajoute à cela qu’il accepta en 1901 le titre et la fonction de « peintre officiel de la marine » et qu’il manifesta tout au long de sa vie un goût immodéré pour les peintures de paysage avec soleil couchant, on comprend qu’au cours de la seconde moitié du XXe siècle, il fallut aux critiques et collectionneurs contemporains un certain courage pour affirmer leur intérêt pour un artiste parfois affublé injustement du sobriquet de « peintre de cartes postales ».

Redécouverte d’un esprit indépendant

L’exposition qui lui est maintenant consacrée par le Petit Palais signe donc un retour en grâce. A travers les œuvres sélectionnées, le public est en effet invité à redécouvrir un artiste plus subtil que sa réputation et un esprit finalement plus indépendant voire excentrique que nombre de ses contemporains estampillés avant-guardistes.


Félix Ziem dans son atelier au seuil d’une vie consacrée d’un même élan aux voyages et à la peinture.
L’un des traits le plus remarquable de Félix Ziem est en effet son refus de se rattacher à un quelconque mouvement. « La marginalité est sans doute ce qui caractérise le mieux Félix Ziem. Formé au dessin d’architecture, il a côtoyé des personnalités aussi différentes que les peintres de Barbizon, Théodore Rousseau en tête, Auguste Rodin ou encore Vincent Van Gogh, sans pour autant faire partie d’un groupe à proprement parler. Il n’a jamais dévié de son axe : ses paysages ignorent la succession de ruptures stylistiques qui ont rythmé la seconde moitié du XIXe et le début du XXe siècle », écrit Maureen Marouzeau.

En artiste libre, Félix Ziem peignait en suivant souverainement les seules inclinaisons de son goût et de ses envies. Elles ont mené ce natif de Beaune vers la luminosité du midi, la découverte de Marseille décidant même de sa carrière de peintre. « Beau ciel, lagunes polies et silencieuses où j’ai rêvé le beau », écrit-il dans son journal à la date du 18 novembre 1879. Véritable nomade de la peinture, il s’installera ou visitera tour à tour à Marseille, Martigues, Nice, Venise ou Constantinople arpentant sans relâche les pourtours d’une Méditerranée dont il fera le sujet central de son œuvre, excitant le désir d’évasion de ses contemporains.
Preuve de sa sincérité, il s’était lui-même laissé gagner par ce pittoresque. « Son atelier était une sorte de caverne d’Ali Baba, toute une brocante ramenée d’Orient et de ses voyages. On entrait sous un crocodile empaillé et il avait coutume de se déguiser en kimono, en burnous », confie Charles Villeneuve de Lanti, conservateur du patrimoine et commissaire de l’exposition du Petit Palais au Huffington Post.


Aujourd’hui, à l’heure du tourisme de masse et des vols low cost, l’exotisme de ses compositions et de ses croquis de voyage ne fait certes plus autant rêver qu’à l’aube du XXe siècle. Mais ce n’est pas une raison pour se détourner d’une œuvre qui, au-delà des sujets traités, vaut aussi pour son pouvoir d’évocation, sa beauté formelle et sa finesse d’exécution. Vincent Van Gogh – qui admirait la façon dont Ziem peignait les ciels ne s’y était pas trompé. Pas plus que les nombreux collectionneurs qui – indifférents au dédain d’une certaine critique – ont continué de priser ses toiles avec une belle constance, comme en témoigne les adjudications de ses œuvres en salle des ventes. Autant qu’à l’artiste lui-même, c’est à ceux-ci que l’exposition du Petit Palais rend justice, en démontrant que si l’exotisme est passé de mode, le talent et le charme solaire de Félix Ziem demeurent. L’amoureux de la Méditerranée n’est pas prêt de quitter la lumière qu’il affectionnait tant !

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